Terre des Ténèbres Tome 1-Extrait

Extrait

Voici les  9 premiers chapitres. Pour ceux qui possèdent déjà le tome 1, vous aurez droit à toute une surprise, car les 80 pages de votre livre ont été remplacé par un meilleur départ de l’histoire.

Terre des Ténèbres 1

  1. Alex Durante

 

            — Mon nom est Alex Durante, officier supérieur de Rivière Pourpre et j’ai à peine trente cinq ans. Plus de dix mille hommes sont sous mes ordres et des officiers de grande expérience me suivent aveuglément, dont Volchenkov qui vint de l’est, grand, bourru, maitre de la lance de vingt ans mon ainé. Tout comme Laramie qui vint de l’ouest, ennemi de l’est à une autre époque, maitre de l’épée, grand, athlétique possédant un côté sombre.

            — Ces deux hommes à eux seuls, ont marqué l’histoire des grandes plaines de l’Éden. Volkie…

Alex devint pensif, se remémorant plusieurs souvenirs.

            — …celui qui est devenu pratiquement un deuxième père au grand cœur et qui fut mon officier supérieur et Laramie protecteur de l’Enclume, la fameuse forteresse qui sépare les Montagnes Noires des grandes plaines et depuis peu encore le colonel blanc un peu fou.

            — Aujourd’hui je suis à la Trappe, là où une seule sortie existe…l’entrée. Deux cents hommes d’élites m’ont fait vœux de leurs vies et se retrouvent avec moi pris dans un piège volontaire que j’ai choisi, une tombe pour beaucoup d’entre eux.

            — Aujourd’hui, j’attends un ami d’autrefois, celui auquel je fus lié par le sang et qui maintenant est devenu le fléau de l’Éden. Pourquoi en est-il ainsi ? Il croit que j’ai tué sa famille et me voue une haine qui le détruit et se fait le jouet des forces occultes de l’ombre.

            Chaque fois que j’abats un ennemi important, un nouveau apparait et aujourd’hui l’ami d’autrefois doit mourir. Une situation qui n’en fini plus, je suis découragé et mes hommes m’admire pour les forces que je dégage, ou la capacité de récupération qu’ils croient que j’ai, face aux épreuves.

            Personne ne connait la vérité, personne ne sait que la femme que j’ai tué, sa sœur bien-aimée était devenu ma femme et que nous attendions un enfant. Sa souffrance était telle, que je devais y mettre un terme. J’ai cru devenir fou tellement ma douleur fus vive, mais grâce à l’énergie, je l’ai revue, souriante comme toujours, portant un poupon à peine plus gros qu’un lapin sur son bras collé à son sein. Ce fut ma rédemption et à nouveau j’ai pu éviter de retomber dans la colère du mage rouge.

            Aujourd’hui je dois encore une fois accomplir un acte incompréhensible, tué un être que j’ai aimé. Ma tête me donne raison, mon cœur m’oblige à assumer cette raison et je dois voir à la survie de mes amis.

            Cette fin sera pour bientôt, je sens leurs arrivées, leurs colères. Je sens Tacoma, la haine décuplée et cette force destructrice qui émane de lui. Je dois couper ce lien, rien de ce que je fais ne l’aide. Ce que je crois bon peut devenir une arme contre moi et servir de faux espoir. Un oui, mais…peut créer un doute et causer ma propre mort.

            Je me détache à nouveau et garde mon focus sur l’aspect du terrain et les avantages que j’y ai trouvé. Je devais faire croire aux natifs des Hautes Rivières qu’un colonel blanc un peu fou se dirige dans une impasse. Cinq groupes similaires furent envoyés sur le territoire avec ordre d’attirer tous les regards vers eux. Ce que mes hommes ignorent, c’est que j’ai semé de petits cailloux pour que Tacoma puisse me suivre. Sa fureur aveugle lui fera commettre des erreurs et les illusions provoquées par la trappe seront fatales.

            L’ouest deviendra l’est et les reflets du soleil seront pour ceux qui nous arrivent de l’ouest. Les distances ne seront pas celles qu’ils croiront et espérons qu’ils perdront plusieurs lances. Mes hommes se tiennent prêts, ils sont prêts.

            Tacoma, depuis les temps que je le connais a toujours été un brillant stratège, mais aujourd’hui sa colère l’aveugle et je fais en sorte que sa colère explose. Dès qu’il verra ses pisteurs démembrés à l’entrée de la trappe, sa raison le quittera et foncera comme un animal poussé par le feu et à nouveau lorsqu’il verra le pendu se dandiner du côté sud, il ragera encore plus.

            Alex passe en revue dans sa tête la position de ses hommes et tous attendent patiemment l’impact inévitable. Les pièges en place disséminés un peu partout sur le terrain, ne sont là que pour ralentir les natifs, les désorienter et donner la chance à ses hommes de porter le coup fatal.

            — La seule équation que je ne contrôle pas est la troupe de réserve. Les natifs laissent toujours une troupe de réserve et Laramie doit la faire sortir à tout prix, si je veux gagner cette bataille. Mes hommes cachés dans les bois pourront les prendre à revers et les pousser vers la montagne. Quant aux fourmis de l’Éden, embastillées dans leur repère au flanc de la montagne, elles pourront causer une terreur et des ravages dans leurs rangs.

 

            Le temps passe lentement, la température chaude et humide s’élève de plus en plus et épuise un tant soit peu les soldats pourtant habitués aux aléas du climat. Un tac, résonne sur du bois. Une flèche encastrée sur un chariot abandonné sur le sentier central, préviens de l’arrivée imminente des natifs de Tacoma. L’attente enfin terminée, la tension se lit sur les visages et tous observent l’entrée de la Trappe, retenant leurs souffles.

            Un formidable houuuu…annonça le début des hostilités. Comme prévu, Tacoma la rage au cœur, se précipite au cœur des pièges, sapant ses troupes. En quelques minutes les soldats de Rivière Pourpre qui en étaient à un contre trois se trouvèrent presque à égalité. À ce moment, la troupe de réserve s’engage vers Laramie. Celui-ci se retire à l’intérieur du passage des roches et en bloque l’entrée et ceux cachés dans les bois entrèrent en action à leurs tours.

            En peu de temps des cris d’horreur et de souffrance, mélangés aux bruits des armes et de boucliers couvrirent l’ensemble de la trappe. Le feu propagé dans les herbes sèches à l’aide d’accélérant donne à la scène des allures d’apocalypse. Des hommes courant en flammes, semble irréel.

            Soudain ce qu’Alex redoute, frappe de plein fouet l’arbre du pendu, un éclair de feu. Tacoma, transformé par la pierre de feu libère sa haine contre toute forme de vie, tuant ses propres hommes.

            La panique s’empare de tous et ceux mandatés pour faire le mur de protection s’installent rapidement. Alex se mit au centre, se décontracte, respire profondément et libère son corps énergétique prêt au combat.

            Entouré d’une énergie bleue, son corps flottant se lance au combat et heurte l’éclair de Tacoma. S’ensuivit des étincelles de toutes sortes, une forte attraction les aspira l’un contre l’autre. Des griffes sortirent des mains de l’enragé qui veut s’en prendre à la gorge de son adversaire et Alex à la vitesse du vent les lui trancha.

            Fou de douleur, la bête hurle. Alex s’empresse d’agripper la pierre et se sentit aspiré. Un combat au-delà des apparences commence et quelques combattants restants laissent tomber leurs armes, subjugués par une voix d’un autre monde.

            Des ombres, des démons sortirent d’un endroit de perdition en s’entre-déchirant. Le réel et l’illusion, tout semble vrai, faux, rien ne peut l’affirmer, mais les vétérans rompus aux guerres de l’Ombre Blanche et de l’Ombre Bleue savent que tout est dangereux.

            Le spectacle continu pendant un temps, les voix changèrent. Celle de Tacoma tantôt criarde, tantôt plaintive, se transforme peu à peu et redeviens celle qui fut autrefois posée. Comme dans un théâtre d’autrefois, un son amplifié par la résonnance des montagnes qui les environnent, Tacoma s’exprime dans un langage fort et clair, demandant à tous de déposer les armes.

            En quelques secondes, tous obéirent et seul le cliquetis des armes heurtant le sol se fit entendre dans un demi-silence.

            Une lueur de couleur crème commence à émaner des corps figés, flottants au-dessus du sol. Puis pour une raison qui surprend les soldats de Rivière-Pourpre, les guerriers des Hautes-Rivières s’installèrent par terre, fixant les deux corps. Volchenkov, malgré ses blessures fit un effort pour rester debout cherchant à comprendre cette nouvelle magie et à son tour, entendit une voix qui l’enjoint de laisser tomber son épée et de s’assoir.

            — Par l’enfer quelle est cette magie?

            Le soldat aguerri n’eu d’autre choix que de copier les autres et d’écouter les messages d’Alex et de Tacoma.

 

 

            — Je suis prisonnier de cette énergie ou plutôt, je suis soudé à celle de mon ami, de mon frère. Je suis heureux de retrouver l’âme noble qu’il a toujours été. Nous voyageons à travers les pensées, les rêves, nous contactons tous ceux qui résistent contre le Fléau et son démon noir. Depuis vingt ans déjà que je combats sans cesse pour ma vie, ma famille, mes amis et pour toute vie humaine qui honore le respect.

            Voilà, aujourd’hui, cette grande guerre fratricide vient de prendre fin. La dernière bataille va bientôt commencer et c’est au passage de l’Enclume. Cette forteresse qui sépare les montagnes noires des grandes terres de l’Éden.

            Soudain l’énergie de Tacoma me quitte créant un vide, mais je le sens heureux de quitter et je retrouve mon corps.

            — Pendant trois jours je serai confiné dans mon cocon et des troupes viendront prêter main forte aux blessés.

            Alex cesse toute communication et se remit à se parler à lui-même.

            — Il me reste qu’à penser, à revoir mes souvenirs, là où tout à commencer…il y a vingt ans.

 

  1. Valrand, 21 ans plus tôt

 

 

            En l’an 279 de la cinquième ère de la fin de la guerre des mages, une troupe de cents cavaliers dirigés par un officier d’élite de Rivière Pourpre du nom de Valrand, chevauche en toute liberté sur le territoire des Leapons, celui des petites plaines de l’Éden. Le peuple le plus respecté du continent et protégé par le peuple invisible.

            La troupe chevauche sur un sentier deux par deux, disciplinés armés d’une lance fine, d’une épée de combat, portant un bouclier rond au dos, d’un arc en bandoulière et muni d’un carquois rempli attaché au cheval. Son chef, un homme de bonne envergure aux longs cheveux blancs de la couleur de sa peau, à l’air hautain porte une longue épée à son dos. Sa mission, rencontrer les sages de la nation Leapon.

            Valrand pensif revit les derniers moments de son départ de Rivière Pourpre. Depuis deux ans, il arpente les grandes plaines à la recherche de deux hommes d’exceptions. L’un pour la protection de l’Enclume et pour réunir les peuples adjacents à la place forte et l’autre comme protecteur des élus du futur convoi à escorter.

            Le grand conseil réuni en assemblée extraordinaire, lui signifia l’importance de sa mission et l’exhorta à rencontrer les sages de l’Éden. Sa mission ne fut pas de tout repos et perdit quelques hommes en chemin. La mine renfrognée, Valrand se rapproche de la fin de sa première partie de mission et son cœur s’émeut quelque peu à l’idée de revoir d’anciens amis.

            Finalement, sortant des hautes herbes, une terre plus fertile apparu et le lac Taco fut en vue. Voulant prendre une pause, Valrand ordonne une halte et contemple l’endroit où il avait habité dans d’autres temps plus calmes.

            Pour une raison que ces hommes ne comprirent pas, leur officier fixant un point au loin se mit à sourire. Grace à sa vision particulière, Valrand reconnu ce qui semble un point quelconque, ses amis Houpa et Ayanti, surtout appelé Celui-qui-voit-tout entouré de quelques guerriers, l’attendent.

            —Mes amis, nous avons un comité d’accueil.

            Certains cavaliers se regardent et s’interrogent sur le comité d’accueil, mais tous connaissent les capacités particulières du capitaine Valrand. Avec confiance les hommes repartirent au trot et perçurent la différence de parcourir la campagne. La brise ressentie rafraichit les hommes autant que les chevaux et sans ambages les hommes se sentirent en confiance.

            La randonnée se passe dans le silence et l’observation reste de mise. Au bout de trois kilomètres, la plupart des cavaliers repèrent ce que Valrand avait perçu plus tôt et remarquèrent une vingtaine de natif, devant un feu.

            La hâte de prendre contact avec ses gens se palpa immédiatement chez les soldats incluant Valrand. Les montures trépignèrent et durent être retenues contre leurs grés pour ne pas les épuiser inutilement. La route à parcourir demeure encore très longue.

 

            Trois hommes se tinrent à l’avant et l’un d’eux au centre fut Fumée Blanche, le grand sage visionnaire. Le dos courbé, écrasé par le nombre d’années de vie, le vieil homme légèrement édenté dégage toujours cette fierté tant admirable, se tenant debout le plus droit possible. À sa gauche se tint un tout autre homme, cheveux longs noirs au teint basané, fier guerrier à l’apparence d’un homme âgé tout au plus d’une quarantaine d’années, aux longs bras. Houpa chef de sa nation fut reconnu par ses pairs pour ses capacités de grand combattant et de diplomatie. Le faciès légèrement carré lui donne un aspect quelque peu féroce, mais sa grande générosité change rapidement la perception que l’on se fait de lui.

            À la droite de Fumée Blanche, se tint tout joyeux Ayanti surnommé Celui-qui-voit-tout. Cheveux longs blancs au teint plus pâle que Houpa, l’homme aux environs du même âge paru légèrement grassouillet aux côtés de ses compagnons. Reconnu comme guérisseur et futur grand sage de la nation. Ayanti s’était aussi avéré un grand visionnaire, lisant autant dans les rêves et dans le futur des étoiles. Comme un gamin, il attend avec impatience l’arrivée de l’officier et son sourire de petite malice en fait un être agréable.

            À la vue de ses vieux compagnons, Valrand rompt ses convenances et se dirige au galop au-devant de ces personnages. Arrivé tout près, saute de son cheval et ouvre les bras. Ses compagnons de toujours font de même sous la joie du grand sage.

            Suite aux effusions, Valrand se dirige vers Fumée Blanche, surprit de sa présence.

            — Bonjour grand sage, excuse mon empressement de revoir…

            L’interrompant.

            — Tes frères, Ombre Blanche. Ne t’excuse pas. Ils sont comme des enfants eux aussi et puis je ne suis pas pressé, mon tour vient toujours, lui faisant un clin d’œil.

            D’un air taquin Valrand lui répond du tac au tac.

            — Je vois que malgré ton âge vénérable, ton cerveau reste jeune.

            — Jeune morveux ricaneur, si ma jambe droite pouvait se lever encore, je te botterais le cul tu sauras.

            — C’est comme tu dis vieillard,  « si »…

            Les hommes éclatèrent de rire.

            — Cela est bon de te revoir Ombre Blanche. Il y a bien des années qui ont passé.

            — Oui, vieux sage, bien des années ont passé et mon cœur pleure de joie à ces retrouvailles.

            Sur l’entrefaite les hommes de Valrand arrivèrent disciplinés.

            — Nos guerriers vont s’occuper de tes soldats mon fils. Aujourd’hui tu te repose et demain tu m’accompagne avec Houpa et Celui-qui-voit-tout. Le grand conseil veut te rencontrer et toi seul doit venir.

            Valrand se dit en lui-même que la situation doit être encore plus grave qu’il ne se l’imaginait au départ. Au conseil de Rivière Pourpre, pressé par les messages des prophètes, il avait dû partir rapidement et parcourir des milliers de kilomètres. Le temps était compté et cette nouvelle de Fumée Blanche à propos du conseil des sages se doit d’être des plus importantes. Mais les connaissant, rien ne sert de bousculer quoi que ce soit et tout viendra en temps et lieu.

            De bon gré, Valrand s’installe pour la nuit qui vient et s’implique dans le confort de ses hommes. Plusieurs, le virent sourire pour une rare fois et constate qu’une partie de sa vie c’est probablement passée dans cet endroit.

            Les Leapons prirent la relève et depuis leurs périples, les hommes de Valrand purent baisser leurs gardes. En territoire plus qu’amis, leur officier leur donna congé et leur rappela que demain sera une nouvelle journée.

 

 

 

 

  1. Le conseil

 

 

            Le soleil perce à peine la noirceur, que l’officier se tient près du feu matinal attisé par quelques crottes de gargonnes, une sorte d’autruche volante aux dents acérées et une fois plus grosse. Une bénédiction pour tous les natifs vivant sur les petites et grandes plaines de l’Éden. Elle est une source indéfinie de produits nécessaires à leur mode de vie. En plus de fournir une viande de qualité, ses fientes servent de combustible, ses plumes d’isolement, sa graisse d’huile, de colle, de remède ect…

            Deux autres hommes s’approchent de lui tout aussi heureux de participer au feu.

            — Je ne croyais plus vivre un moment semblable, déclare Houpa.

            La déclaration de Houpa qui parut simple n’en fut pas une, loin de là. Pour un Leapon parler de ses états d’âmes est loin d’une chose courante.

            — Hum, en d’autres temps mon frère je t’aurais fait une remarque stupide pour me moquer de toi. Mais aujourd’hui, je t’accorde les mêmes propos, moi aussi j’ai cru ne plus vivre ce moment heureux.

            Un soupir s’ensuit. Ayanti intervient.

            — Et moi dans tout ça, je vous écoute vous lamenter comme de vieilles femmes et vous m’oublier. De vrais branleurs…

            — Branleurs, affirme Valrand.

            Ce qui fait rire les trois hommes.

            — Ah qu’il est bon de rire avec mes vieux compagnons.

            — Tu as raison Ombre Blanche, il est bon de rire à nouveau, commente Houpa.

            Mais Valrand redevient rapidement sérieux et tourmenté.

            — Alors qu’en sera-t-il de cette rencontre mes amis ?

            Cette fois-ci c’est Ayanti, Celui-qui-voit-tout qui prend la parole.

            — Les étoiles n’annoncent rien de bon Ombre Blanche, je crois que tu auras besoin d’aide. C’est cela que tu es venu solliciter ?

            — En quelque sorte, Celui-qui-voit-tout.

            — Seul le conseil décidera et de grandes décisions dépendront de ce que tu poseras comme question. Car comme tu sais, l’énergie demeure toujours malléable et les étoiles demeurent.

            — J’avais oublié comment tu étais philosophe homme sage.

            Ayanti se mit à ricaner comme un enfant.

            — Sage, mais pas toujours tu sauras.

            L’eau qui fut mit à bouillir, fume et Houpa leur sert une tisane de son choix. Sur l’entrefaite le vieil homme édenté qu’est Fumée Blanche clopine jusqu’à eux.

            — Il y en aurait encore pour le vieil homme que je suis ?

            Des gobelets se proposèrent.

            — Non, non je ne veux pas goûter à vos microbes, je suis trop fragile pour ca, ha ha ha, rigolant un bon coup.

            — Alors grand sage, toujours taquin à ce que je vois.

            — Il n’y a pas une journée qui ne méritent pas que l’on rit, Ombre Blanche et tant que je le peux, j’en serai fort aise. Puis prend un ton plus sérieux. Mangeons, nous devrons partir sous peu, tes hommes resterons ici.

            La voix du grand sage change de ton et devient plus pénétrante, une sensation que Valrand connait trop bien. Son sentit lui fait comprendre que Fumée Blanche était déjà en communion avec les autres membres du conseil. Ses questions immédiates devront attendre pour l’instant et les réponses viendront bien assez vite.

            Le temps que le soleil se lève un peu plus haut et éclaire la contrée, les conversations furent agréables et sobres et le signal attendu vint.

            Le vieil homme se lève.

            — Le conseil nous attend. Ombre Blanche, je crois que tu devras me porter sur ton cheval, mes jambes ne sont plus ce qu’ils étaient.

            Surpris par la demande, Valrand se dit que la santé du grand sage doit être vraiment hypothéquée. Car aucun Leapon n’aime monter sur un cheval.

            — Tu veux que je monte avec toi ?

            — Tu serais bien gentil mon enfant. La route demande quelques heures et je crois que je ne ferais que retarder, ce qui ne doit pas être.

            À cette réponse Valrand s’inquiète vraiment. Pour les gens de son peuple, le temps demeure toujours le temps et rien n’est laissé au hasard dans la grande roue de l’univers de la vie. Ses gens ne démontrent jamais, du moins de l’empressement à une rencontre.

            Dès qu’il fut sur son cheval, le vieil homme s’accroche à lui et Valrand le sent trembler. Est-ce de peur?

            La marche se fait tranquille et les discussions, frivoles sans grandes importances. Des tentes apparurent et un grand cercle de pierre s’y trouve. À leurs vues, des hommes se dirigent vers le cercle de pierre et attendent patiemment leur arrivée.

            Valrand remarque leur tenue d’apparat de cérémonies, ce qui ne se voit que très rarement. S’avançant lentement, l’officier s’attend d’avoir un signe pour arrêter son cheval. Les traits crispés, les membres du conseil des sages lèvent la main tous ensembles pour le saluer et un guerrier qu’il ne voit pas arrivé se présente devant lui pour s’occuper de son destrier.

            Ses amis aidèrent Fumée Blanche à descendre de cheval et Valrand sans dire un mot constate la gravité de l’état de santé du vieil homme. Jamais il ne l’avait vu aussi près de la mort et son sentiment de tristesse se perçu de la part du grand sage. D’un sourire forcé il s’approche de Valrand et lui tapote le bras et cherche ses mots tant il se sent essoufflé.

            — Mon cher enfant, tu crois que je ne pourrai pas siéger à mon dernier grand conseil ?

            C’est pour ça que le temps comptait, se dit Valrand, esquissant un sourire un peu forcé.

            Des hommes apportèrent un siège où il prend place et Fumée Blanche se laisse conduire.

            — Je suis devenu moderne, lance le vieil homme.

            Le cercle de pierre comprend une porte, celle où les gens pénètrent et sortent, celle par où l’énergie entre et sort. À l’intérieur, un feu sacré brûle et un petit hôtel de pierre où des offrandes n’attendent que d’être déposées dans le feu. Dix hommes représentent les sages du grand conseil des dix clans et tous attendent que le premier d’entre-deux, passant par la gauche, ait fait le tour complet du cercle et s’installe à la droite de l’entrée. Les membres firent de même à tour de rôle. Puis vint le tour de Celui-qui-voit-tout, suivit de Houpa et d’Ombre Blanche qui ferme la porte en s’installant à la gauche de l’entrée.

            Le grand sage prend la parole.

            — Bienvenue Ombre Blanche, nous attendions ta venue depuis des lunes et le jour est venu. Nous t’avons prit sous notre aile et t’avons enseigné et préparé à affronter ton ennemi. Aujourd’hui, ce jour sombre est arrivé et tu dois préparer celui qui est et trouvez celui qui doit. Notre vie se termine, car la colère des ombres vont s’abattre à nouveau sur la terre mère. Ce que nous connaissons, notre mode de vie, notre terre disparaîtra à jamais.

            Le discours sombre du vieil homme se trouve encore plus lourd que Valrand ne l’eu imaginé, mais que réservait les astres à ce monde en mouvance.

            Puis à chacun leur tour, les sages décrièrent les visions qu’ils perçurent, la haine contre l’humanité, la guerre fratricide, les trahisons, la mort et puis l’espoir. Cette grande lueur de vie se dirige vers eux et cherche une protection.

            La voix du grand sage résonne comme dans un temple et mentionne sa dernière vision.

            — Nous serons plusieurs à se sacrifier quand le moment sera venu et le temps joue contre nous. Ce que nous pensions perdu est de retour, plus noir que jamais. Il ne s’arrêtera qu’à la toute fin où le monde basculera.

            Puis le silence s’installe et des offrandes sont offertes au feu. Puis Fumée Blanche reprend la parole.

            — Maintenant, Ombre Blanche parle nous de ta mission. As-tu trouvé tes deux hommes d’exception ? Lui lançant un regard plein de malice.

            Se parlant à lui-même.

            — Ce qu’il y a de plaisant avec ses gens, c’est qu’ils savent déjà tout avant même que vous leurs disiez.

            — Oui grand sage, l’un est en poste à l’enclume et l’autre est en attente du bateau du port de l’est.

            — Alors qu’attends-tu de nous ?

            — Le passage du grand cayon est détruit et celui des grandes vallées représentent trop de dangers et sera trop long. J’ai besoin de guides pour un nouveau passage, celui des Monts Dorés.

            Ces mots ont l’effet d’un vent glacial sur l’assemblée. Valrand persévère néanmoins.

            — Les élus comme les surnommes l’arbre des druides, doivent se rendre à Rivière Pourpre. Je vais avoir besoin d’aide en hommes et en énergie.

            D’autres offrandes sont déposées dans le feu et le conseil demeure silencieux, aucun son ne sortit du conseil. Seul un sentiment de tristesse semble accablé ses grand sages et le plus vieux d’entre eux l’est plus que tous les autres.

            — Je suis las de cette colère injustifiée mon ami, de tous ses combats. Je vais partir bientôt et jamais depuis la guerre des mages, mon peuple n’a été autant en danger.

            La guerre des mages, se dit Valrand, jamais il n’en avait entendu parler.

            Comme si Fumée Blanche avait entendu ses pensées.

            — Il y a très longtemps, lorsque nous vivions autre part, nous nous sommes retrouvés au centre d’une guerre, dans laquelle nous nous somme retrouvés impliqués malgré nous. Résultat nous avons dû fuir et abandonner notre mode de vie d’autrefois.

            — Et c’est ce que vous craignez à nouveau ?

            — Non…ce sera encore pire.

            Il se met à tousser et cracher du sang.

            À cette vue Valrand frémit.

            — Ne t’inquiète pas Ombre Blanche, je ne souffre pas et mon départ est dans peu de temps. Ces gens que tu dois protéger, tu le dois. Ils doivent à tout prix atteindre ton lieu, toussotant à nouveau. Cherchant son souffle, les regards inquiets fusent dans sa direction. Un homme lui apporte de l’eau et personne ne se sent outragé de sa présence.

            — Ombre Blanche, nous irons avec toi jusqu’au dernier point. Que mère terre te protège, le danger viendra de partout et ces gens te surprendront. Il esquisse un dernier sourire et s’éteint.

            Le sentiment que Valrand ressent pour le vieil homme est comme celui qu’on ressent envers son père.

            — Voilà des années que je ne t’ai vu et maintenant que je te revois, tu pars à jamais. Toi que j’ai aimé comme un père.

            Celui-qui-voit-tout s’approche de son ami.

            — Il t’a aimé comme un fils Ombre Blanche, et il espérait te revoir une dernière fois. Je crois qu’il est heureux. Nous allons observer trois jours de deuil, tu te joins à nous ?

            — Puis-je me le permettre?

            — Nous n’en sommes pas à une journée près, où dois-tu les rencontrer?

            — Au port de l’est de Daran, nous devrons la traversée et vous retrouvez aux portes des Monts Dorés.

            — Hum, ne bouge pas je te reviens.

            Ayanti dit Celui-qui-voit-tout part discuter avec les autres sages visionnaires puis revient au bout de quelques instants.

            — Ombre Blanche, tu as droit à une seule journée, car tu devras pousser tes chevaux et tes hommes aux maximums. Ils arrivent avant les temps, hasard ou protection de l’énergie, qui sait.

 

  1. Vers le port est de Daran

 

Valrand :

            À mon départ, je me suis senti perdu comme si une partie de moi-même venait d’être enterrée. Je crois que c’était la deuxième fois que j’éprouve ce sentiment. Suis-je insensible, je ne le crois pas. La vie s’est chargée de cette éducation. La perte de l’être aimé m’a bouleversé et je me suis toujours promis de ne plus jamais souffrir ainsi et d’accepter la mort des autres comme j’accepte la mienne.

            Même avec cette promesse, je me suis mis à redevenir mélancolique et m’a rappelé que ce que je croyais guéri, ne l’était pas encore et quelques douloureux souvenirs qui reviennent en sont la preuve. Comme dit souvent mon frère Houpa, mieux vaut faire face aux problèmes que d’attendre qu’ils te fassent, face.

            Je me souviens de mon dépérissement et que rien ne pouvait me consoler. C’est à ce moment que j’ai dû faire face à mes plus grands démons et j’ai compris que je dois continuer. Bien des gens méritent de vivre et je dois la leur donné, cette chance de vivre.

 

&

 

            La chevauchée était longue et peu commode, et les journées pluvieuses parmi les pires. Les hommes étaient incapables de monter à cheval au risque de blesser leurs animaux dans les passes boueuses. Le temps les force à établir un campement quelque part et attendre la fin du déluge.

            — Combien de jours ça va durer ? Et ça c’est sans compter le temps que le sol va prendre à sécher … s’interroge Valrand.  

            À l’aube de la quatrième journée, la terre encore meuble par endroit, la marche forcée reprend malgré la chaleur et l’humidité de l’air. La respiration est difficile, ce qui rend les efforts plus ardus nécessitant des arrêts plus fréquents.

            Au bout d’une semaine, la terre eu le temps de s’asséchée complètement, la situation change du tout au tout et la marche peut reprendre son rythme normal.

            Il n’y avait pas eu de blessures importantes dans la troupe de lancier Les seules furent celles faites à des gargonnes qui trainaient, hors saison dans les environs. Une viande de choix qui tombait à pic pour des soldats en quête de nourriture.

            Pendant plus d’un mois les hommes chevauchèrent jour et nuit au travers un dédale d’herbes hautes, qui dissimulent des pièges de toutes sortes.

            La quête arrive à sa fin, la troupe de Valrand arrive enfin au village de La Source, le troisième clan de la nation Leapon. Le seul qui reste en fait, près d’un port côtier exploité par la compagnie des Trois Arcs.

            En fait, cette compagnie exploite trois ports sur la mer de Daran et celui de la Source en est un et est le plus petit. Tout le troisième clan vit autour de la mer de Daran. La compagnie des Trois Arcs cherchait par tous les moyens à exploiter ses richesses. Mal leur en prit. Des hommes étaient disparus, des bateaux avaient coulé et la compagnie fut mise au pied du mur ; plus aucune caravane ne passait.

            Bon gré mal gré, l’entreprise dut se résoudre à trouver des arrangements, du moins se plier aux demandes des Leapons. Après moult tractations, ils en étaient venus à un accord ; Nul exploitation ne serait accordée sur leur territoire, aux Trois Arcs, sans que ceux-ci ne voit à guider eux-mêmes les caravanes jusqu’aux grandes vallées, moyennement une somme d’argent, incluant la nourriture.

            L’arrivée de Valrand et de sa troupe, est marquée par des cris de joie. Et les natifs s’empressent de le saluer et lui indiquent qu’un bateau se prépare pour eux. Le Jovial n’attend plus que lui et ses hommes. Les festivités furent de courte durée les membres d’équipage s’empressent déjà d’installer confortablement les chevaux et les passagers. Ils doivent faire vite pour profiter de la marée haute.

            Enfin seul, Valrand peut décompresser et se reposer.

            À son réveil le vaisseau tanguait. Valrand monte rapidement sur la passerelle et voit que la terre est déjà hors de vue. Valrand rencontre les officiers de pont qui lui font les recommandations d’usage. Les frais de transports furent payés par le troisième clan, tout comme le prochain. Pour les Leapons, l’argent n’était pas nécessaire, mais les sages avaient compris qu’un jour ou l’autre, cet argent servirait à quelque chose d’utile pour l’ensemble des clans.

            À nouveau seul avec lui-même Valrand ressasse ses derniers souvenirs et la prochaine étape de sa mission.

            —.Qui sont ses élus? Et comment vais-je reconnaitre celui qui est et celui qui doit? Il méditait sur ces questions en regardant au large. Me voilà à penser comme ces gens de l’est, à penser aux problèmes avant même qu’ils n’arrivent. Je suis certain que quand le temps viendra l’énergie me le révélera. Ce qui m’inquiète, ce sont les dernières paroles de Fumée Blanche. Qui sont ceux d’entre nous qui vont arriver sains et sauf à Rivière Pourpre. J’ai déjà perdu une trentaine d’hommes jusqu’à présent en presque deux ans de route et nos chevaux ont été remplacés deux fois.

            Comme dit le vieux sage, il n’y aura pas que des poussins à bord de cette caravane, des serpents y seront aussi, sans compter le personnel des Trois Arcs qui seront tous à surveiller. J’oubliais, les disciples de cette nouvelle religion de fanatique, les polonistes. De la vrai merde et je serai obligé de gérer cela tout le long du voyage, du moins jusqu’aux villages des grandes plaines de l’Éden.

            Espérons que ce ne sera pas un cauchemar. Me revoilà à nouveau à broyer du noir, probablement l’inaction, trop de temps à penser, aussi bien de soigner mon cheval. Ce temps mort pourra profiter aux bêtes et aux hommes aussi. Le chemin pour retourner à la maison sera rempli d’embuches et tous auront besoin d’une énergie sans pareil.

            Sortant de sa cabine et se dirige sous le pont.

            — Je sais, je prie chaque matin pour que tous vivent et je dois accepter l’inévitable. Ce convoi doit contenir tout près de mille individus et mes cents hommes de troupe ne seront pas de trop. J’aviserai en temps et lieu à la vue de ces gens et je trouverai les leaders qui m’aideront à maintenir la discipline et ma perception fera le reste.

 

&

 

            À des lieux et des lieux de là, au port de la Porte de L’Est, un homme portant un bandeau sur un œil hurle ses ordres à des conducteurs.

            — Bande de sauterelles puantes, dégagez la place, ou vous aurez mon pied là où je perds ma bottine. Saleté de branleurs à la mord moi le nœud.

            Des nouveaux arrivants débarquent dans un tumulte épouvantable, marqué par la peur de l’inconnu et le destin tragique qui les avait fait fuir. Les hurlements de l’homme ne leur rappellent que trop bien les cris et la violence qui leur avait été faite jusqu’à leurs départs.

            Certains d’entre eux se démarquent déjà par cette soif de nouveauté et leur impatience et doivent être retenus par leurs parents.

            Par contre, la compagnie des Trois Arcs fait bien les choses. Un fort contingent d’hommes de sécurité s’était installé sur les quais avec ordres de protéger les nouveaux arrivants et de les prendre en charge. À l’aide de drapeaux de couleurs, les gens peuvent suivre les directions indiquées à travers un maillon d’activités sans précédent ressemblant à une ruche.

            Les gens se retrouvèrent dans des enclos et un malaise se fit sentir. Une explication leur fut fournit par un crieur ce qui rassura les gens sur la situation. Une fois les groupes réunis, une personne les dirige vers les bureaux de la compagnie en portant de grand étendard. La décoration intérieure est sobre et une grande table couvre presque toute la largeur de la pièce. Un homme se tient d’un bout de celle-ci, avec des documents et sur le reste de la table, des couvertures les attendent.

            — Veuillez signer votre engagement, vous aurez droit à votre chariot, aux vivres, aux nécessaire à votre nouvelle vie et vous rembourserai dans les années qui vont suivre.

            Les gens ne se posent pas trop de questions, espérant une meilleure vie et signent rapidement et l’homme leur répond.

            — Nous vous remettrons vos papiers à votre départ. Pour l’instant nous les conservons pour vérifier si tous les gens inscrits sont présents. Veuillez prendre vos couvertures et suivre votre guide. Votre installation vous attend pour cette nuit.

            Des sourires revinrent depuis leurs départs de Port Plaisant. La peur aux entrailles, la plupart d’entre eux se méfièrent de tous et chacun et pour la première fois se sentirent traités en humains. L’excitation combinée à leurs craintes, les gens suivent leurs guides silencieux à travers une ruelle, pendant une heure. Des odeurs de cuissons tenaillent l’estomac de certains, privés de nourriture depuis plusieurs heures. Devant d’énormes hangars, des hommes attendent avec des drapeaux de couleurs et une femme montée sur un socle à bonne auteur, pour que tous la voit, s’adresse à eux.

            — Bienvenu, frères et sœurs ! Que chacun suive ses couleurs, un repas vous attend…

            À ces mots plusieurs réagirent de satisfactions.

            — …quand vous aurez terminé, les personnes autorisées vous indiqueront vos dortoirs pour vous reposer. Un peu plus tard nous vous attribuerons le numéro de votre chariot ainsi que votre place dans la file. Que Polon prenne soin de vous et bénisse cette journée.

            Plusieurs grimacèrent en entendant nommer le dieu Polon et répondirent tout de même les phrases habituelles.

 

&

 

            Le lendemain matin, un dénommé Galbrigt d’environ quarante ans, portant un bandeau sur un œil, se présente comme le meneur du convoi. Plusieurs reconnurent le grand gueulard du quai. D’un œil sévère, il examine les gens, pour la plupart apeurés et s’attriste à l’idée que plusieurs ne survivront pas au voyage.

            — Bonjour à tous, je ne m’attarderai pas sur les risques potentiels de cette traversée. La marche sera très longue. Notre première direction sera la mer de Daran. Cette première étape vous donnera le temps de vous familiariser avec votre attelage et nous serons ravitailler tout le long du chemin. Puis, nous embarquerons au port de l’est en direction du port des Trois Arcs et à partir de là vous devrez vous désigner des chasseurs pour vous nourrir. Vous avez un numéro ; à chaque matin le chariot du devant se retrouvera à l’arrière. Vous avez tous compris ?  Galbrigt n’attendit pas la réponse. Tous en selle tas de coquerelles puantes !

            Un homme de forte stature se tenait tout prêt, un soldat armé d’une lance accompagné de son cheval. Se voyant négligé se présenta devant le chef conducteur.

            — Vous êtes Galbrigt dit la grande gueule ?

            Le regard mauvais sévère, le meneur de convoi l’apostropha.

            — Et que me vaut l’honneur d’un soldat de plomb?

            — Valrand, répondit-il.

            Le sourire de Galbrigt montra ses dents ébréchées.

            — Ce chenapan d’Ombre Blanche. Vous êtes son homme ? Enchanté. C’est lui qui t’a dit de dire ça?

            — Oui, je suis le sergent Volchenkov.

            — Allons soit pas si coincé militaire, je ne suis pas ton supérieur.  Je vais t’appeler Volkie, ça sera plus simple et plus cordial.

            Volchenkov effectivement se sent désemparé devant cette franche camaraderie et tente malgré tout de rester stoïque.

            — Le capitaine nous rejoindra au port de l’est, avec environ une centaine d’hommes.

            L’œil du conducteur s’agrandit et ses traits se figèrent de désillusion.

            — Nom d’une merde de crapaud d’égout, cents hommes! Et bien j’en connais un qui va avoir une mauvaise surprise à notre arrivée. Notre convoi est le double de ce qui était prévu.  Encore un coup de jarnac de cette foutue compagnie de salopards. Je suis sûr maintenant qu’ils ne veulent pas que ce convoi arrive en entier.

            — Je suis certain que le capitaine a prévu le coup, se donnant du tonus.

            Le visage de Galbrigt se décrispa devant l’assurance du soldat.

            — Ouais, j’en suis convaincu moi aussi. Cette petite jaunisse trouve toujours le moyen de tout savoir et quelle est ta première mission soldat?

            — Observer.

            — Alors ne le dit à personne, s’éclatant.

            Au bout de quelques minutes Galbrigt hurla ses ordres.

            — En avant tas de branleurs de merde!

            Quelques uns prièrent Polon et une longue file interminable sortit de la ville sous des regards malveillants.

 

&

 

            — Nos gens sont à bord.

            — Prenez possession des individus nécessaire et n’intervenez que lorsque vous serez sortis du territoire Leapon.

            — À vos ordres, maitre.

 

  1. Sur les quais

 

 

            Sur le long chemin du Banc de l’herbe, drôle de nom donné à une bande de terre où rien ne pousse, qui sert de frontière entre les hautes herbes et la caravane, un soldat, seul de son espèce erre sur les côtés, réduisant les discussions au strict minimum. La plupart du temps son calepin de note lui sert de compagnon. Volchenkov obéit aux ordres et garde ses distances comme Valrand le lui a indiqué.

            — L’ennemi qui sera à l’intérieur t’observera, ne lui donne aucune préférence à entretenir, ne te lit pas d’amitié avec qui que soit avant mon arrivée. Ne lui donne pas la chance de découvrir tes faiblesses.

            Ces paroles résonnent encore à ses oreilles et Volchenkov s’en tient aux ordres.

            Tout le long du chemin le soldat s’était fait une réputation d’homme solitaire et de bourru. Personne n’arrivait vraiment à avoir une longue conversation avec lui. Tous ce qu’ils avaient appris à son sujet, est qu’il est l’envoyé de l’officier d’escorte.

            Certains se disent, que la randonnée ne sera pas jojo, si tous les soldats lui ressemblent. Le soir venu, les gens avaient pris l’habitude de dételer leurs animaux et de s’installer avec discipline au son des hurlements de Galbrigt comme accompagnateur. Les disciples de Polon en profitent pour haranguer les gens sur la commisération de soi et son dévouement absolu.

            Bizarrement, malgré toute cette juxtaposition et sa variété, les problèmes furent peut nombreux et le chemin se continua ainsi tout le long du voyage.

 

&

 

            À bord du bateau Valrand aperçois les prémices des trois mats et de la horde que cela représente. Curieusement, le capitaine du navire cherche à l’éviter, lui confirmant que quelque chose se trame. Sans hésitation il prévint ses hommes, et confronte l’officier de pont.

            — Au quai, de combien de bateaux parlons nous?

            L’homme légèrement rondelet, de bonne grandeur ne représente réellement pas une menace. Officier de la marine marchande, l’homme se contente de faire son boulot sans plus.

            — Heu…je ne sais pas capitaine Valrand.

            Valrand grimace, comme quoi il n’est pas convaincu de sa sincérité.

            — Bien, de plusieurs, voyant le regard de l’officier, cinquante bateaux.

            — Vont-ils tous au même endroit officier?

            — Bien sûr capitaine, c’est l’ensemble du convoi que vous escortez.

            — Vous en faites parti officier?

            — Bien sûr, nous ferons le plein de tout ce dont nous avons besoin en toute chose et nous pourrons accueillir quelques personnes en plus, ou nous pourrions remplir la cale de marchandise pour libérer plus d’espaces, c’est comme vous voudrez.

            Le malaise de l’homme le dérange. Qu’avait-il à cacher pour une mission aussi simple et pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ? Rien de compliqué ne semble se présenter et pourtant la situation le titille.

            — Vous le remplirez de matériel.

            — Bien monsieur l’officier il en sera fait comme bon sous semble. L’officier de pont continua sa besogne.

            Mais la réponse de l’officier, alerte le sixième sens de Valrand.

            — Trop suave à mon goût. Je vais devoir ouvrir l’œil et prévenir les hommes d’une entourloupe.

 

&

 

            Au quai les premiers arrivants s’installent aux endroits indiqués et une multitude de gens affairés les pressent, ce qui frustre les futurs colons.

            — Si je ne me retenais pas, il y a longtemps que l’un de ces culs terreux se serait fait allongé.

            L’homme qui venait de parler était Dermut Mc Ferson, un solide gaillard de six pieds aux larges épaules et aux bras puissants. Les cheveux courts taillés à la va vite et foncés lui donne un air plus renfrogné et son impatience lui occasionne bien des mésaventures.

            Evelyne son épouse, intervient. Grande, élancée, elle dégage une solidité surprenante et une détermination qui ne peut être contournée.

            — Allez mon grognon de mari, laisse pisser. Nous aurons tout le temps d’une bonne bagarre en temps et lieu.

            — Ouais, si tu le dis femme, le lançant comme une pique.

            — Grosse boule puante, si ça ne tenait qu’à moi, tu te retrouverais dans le caniveau pour imbécilité, réplique-t-elle, les deux mains sur les hanches en guise de défi.

            — Grosse boule puante, moi, rigolant, si je ne t’aimais pas tant femme, je te donnerais la fessée.

            Il la prend dans ses bras et l’embrasse à pleine bouche.

            — Hey, hey, surveillez-vous devant les enfants, l’apostrophe son ami de toujours, Jules Durante.

            — Jaloux le bouseux, occupe-toi de ta femme.

            Les deux hommes aimaient se taquiner.

            Jules est très différent de son ami en termes de caractère. Le gabarit légèrement en deçà de Mc Ferson et les cheveux plus pâles aux yeux bleus, le bonhomme est toujours de bonne humeur et protecteur de sa famille et de ses amis.

 

&

 

            À bord du bateau les hommes de Valrand fouillèrent partout le plus discrètement possible et le rapportent à leur officier.

            — Nous y voilà. Ce navire n’est qu’un brûlot flottant pour éliminer l’escorte. Il est facile de comprendre que les Trois Arcs ne veulent pas que ce convoi arrive à destination. Nous verrons à l’accostage et je leur réserverai une surprise à mon tour.

 

&

 

            Trois bateaux furent remplis à ras bord avant que celui de Valrand ne puisse accoster dans un endroit plus retiré. Dès son arrivée, l’action ne manque pas. La longue passerelle est installée en un rien de temps et le capitaine du navire hurle des ordres.

            À la surprise de celui-ci, des canots abordent son bateau et des Leapons grimpent à bord. Valrand reconnait immédiatement le grand guerrier qu’était Pigeon D’argile, ce qui lui donne une idée.

            De nature impressionnante à la longue chevelure foncée, arborant une longue balafre au visage qui lui donne un air plus féroce, l’homme impose la crainte. Nul n’a envie de se retrouver en face de lui et préfère longer les rambardes.

            Le grand guerrier repère Valrand et se dirige vers lui accompagné de ses hommes, ralentissant le travail des marins.

            — Pigeon D’argile, mon vieil ami.

            — Tu as fait bon voyage Ombre Blanche? Le visage de marbre.

            — Nous allons devoir faire un changement et voir notre alentour, laissant apparaitre un sourire.

            Pigeon D’argile fixe le regard de son ami.

            — Tu veux l’enclos fermé, mon ami?

            — C’est cela, mon frère.

            — Il en sera fait comme tu le souhaite. L’œil cruel.

            Sans demander son reste le grand guerrier le salut et s’en retourne sans plus. Ravi de la tournure, Valrand préviens ses hommes.

 

&

 

            Les débardeurs commencent à charger et y mettent l’entrain pour la prime en jeu qui leur avait été promis. Lorsque les marins voulurent quitter leur navire, une surprise désagréable les attendait. Une armée de Leapon les en empêchent et les forces à remonter à bord.

            Effrayé par la situation l’officier de pont panique.

            — Qu’est-ce que ça veut dire?

            Valrand se rapproche de lui.

            — Nous quittons le navire, merci pour le confort que vous nous avez octroyé, laissant en plan un homme au bord de la crise de nerf.

            — Je n’y suis pour rien, je vous le jure capitaine, pleurant presque.

            Valrand se retourne vers lui.

            — Moi non plus, mais vous avez trahi à nouveau la confiance des Leapons, dit-il en regardant ses hommes descendre un à un accompagné de leurs chevaux.

 

&

 

            Au quai principal, le sergent Volchenkov est rejoins par un Leapon qui lui transmet les ordres du capitaine. Peu de temps après, un puissant trois mats bâtit presque pour la guerre, s’amarre en eau profonde à peu de distance du quai principal et une série de rampes d’embarquement furent disposé. Les débardeurs, se mirent à l’œuvre avec du matériel non prévu.

            Des cris d’alarme s’élèvent dans la foule et les gens indiquent de la fumée montant au ciel. Des drapeaux jaune et rouge apparurent indiquant que tout était en contrôle, qu’une équipe de soutient y voyait. Les gens continuèrent leurs travaux comme si de rien n’était.

            Le maitre du port fixe le regard des Leapons qui ne plaisantent pas. L’un d’eux lui adresse un ultimatum.

            — Ces représailles peuvent se terminer aujourd’hui, ou nous mettons à feu et à sang le port et sa compagnie.

            L’homme transi de peur.

            — Je…je, je transmettrai votre message aux responsables des Trois Arcs.

            — Bien tout se déroulera en paix.

 

            Un peu plus loin le Jovial brûle et tout l’équipage a été exécuté, envoyant un message fort et clair aux responsable de l’attentat.

            De nature pacifique, les Leapons ont pourtant la réputation d’être parmi les guerriers les plus redoutables de toutes les plaines de l’Éden. Même qu’on les soupçonne de posséder des pouvoirs de divination plus puissants que n’importe qui et que leurs sagesses ancestrale est l’une des plus observée et respectée.

            Mais lorsqu’ils appliquent une mise en garde nul n’a intérêt à manquer à sa parole ou les conséquences sont immédiates.

 

&

 

            Les jours passent sans autre incident et le message a été bien reçu par les autorités locales. Les futurs colons, ne s’étaient rendu compte de rien, sauf un empressement des travailleurs à être plus que poli. Mais ça ne passe pas inaperçu pour certains.

            Le Tempête, le solide trois mats reçu à son bord les soldats et plus deux cents colons, plusieurs chariots et un grand gueulard.

            — Nom d’une montée de sang! Où est ce salopard! Ce fils de pute, cria l’homme en sautant le bastingage, démontrant beaucoup d’habilité malgré son handicap.

            — Et qui demande qui!? hurle une voix.

            — Galbrigt et je veux voir la crotte de bique qui dirige cette bande de femmes.

            — C’est moi la grande gueule de bouseux de merde, répondit Valrand.

            Les deux hommes s’apprêtent à en venir au coup sous le regard médusé des passagers. Plusieurs ne donnent pas cher la peau du chef de convoi. Les deux hommes s’avancent et…éclatent de rire.

            — Galbrigt!, mon vieux routier.

            — Sale morveux d’Ombre Blanche, se sautant dans les bras, et t’ose me traiter de vieux, j’ai à peine…quoi, le même âge que toi, sale métèque de mes deux.

            Les passagers décrispèrent, voyant la situation loufoque, ils continuèrent à vaquer à leurs occupations.

            — Si tu le dis, je t’en donnerais facilement soixante, rigolant.

            — Sale macaque va te faire foutre, rigolant à son tour.

            — Cela fait du bien de te voir à nouveau vieux forban. Alors, il parait que tu t’es porté volontaire? lui indiquant de se retirer dans un coin plus discret.

            Redevenant plus sérieux, Galbrigt cracha par terre.

            — Volontaire moi ? Plutôt missionnaire ou si tu préfères autre chose. Quand j’ai su qu’un certain officier de Rivière Pourpre venait prendre livraison d’un convoi de patates sur deux pattes, alors je me suis dit que je ne connaissais qu’un seul cinglé prêt à faire un trajet infini pour venir ici. Et te voilà devant moi, je ne m’étais pas trompé.

            — Je vois que tes sources sont toujours fiables, lui jetant un regard douteux.

            — Ok, ok, disons que j’ai eu de l’influence qui m’a aidé dans ma divination.

            Ce qui fait sourire Valrand.

            — Ce qui me turlupine soldat de mes deux. C’est que j’ai entendu dire que tu ne disposais que d’une centaine de soldats pour au-delà deux milles possibilités de sacrifiés.

            — Je vois que les nouvelles vont vite. Pour les deux milles sacrifiés, je suis au courant.

            — Ton sergent?

            — Bien avant, quand j’ai vu cette armada, j’ai compris que nous étions devant un fait accompli.

            — Accompli mon cul, ouais. Ces exploiteurs en veulent pour leurs argents. Ils veulent se servir de ces gens pour emmerder les peuples locaux, oui. Saleté d’entreprise de merde.

            — Il va de soit que tu devras garder tes observations pour toi, Galbrigt.

            — Il va de soit Valrand. Mais t’as surement prévu le coup? lui tirant une grimace.

            — Certain et toi tu as dû observer ceux qui peuvent se défendre?

            — Certain, mais tu peux le demander à ton soldat qui vient. Il n’a fait que ça, depuis le début du voyage. Il t’a obéit au doigt et à l’œil et ne s’est mêlé à personne. C’est ce que tu lui as demandé.

            Valrand sourit aux derniers propos de son ami.

            — Ouais c’est à peu près ça mon ami.

            Le sergent Volchenkov se présente devant son officier et s’apprête à lui faire son rapport et s’attend à ce que Galbright s’éloigne, mais celui-ci ne bouge pas, amusant Valrand.

            — Repos Sergent, s’il y a un homme en qui j’ai confiance dans ce convoi, c’est bien Galbright.

            — Bien capitaine.

            Galbrigt intervint.

            — Tu peux sergent évité de lui parler de la flopée de conducteur qui travaille pour les Trois Arcs. La plupart sont des repris de justice ou des rebus abandonnés de la société. Et ces mêmes lascars peuvent nous abandonnés à la moindre incartade. Sur combien pourrons nous nous fié ? Pas beaucoup j’en ai bien peur.

            — Ah bon !surpris Volchenkov se racla la gorge pour s’éclaircir la voix. J’ai dans mon calepin, différentes listes dont ceux qui appartiennent à cette secte poloniste et j’ai souligné ses leaders, il…

            Galbrigt lui coupe la parole.

            — Ouais t’as bien raison mon pote, leur prophète, cette Sanchez est une garce de première, un serpent tête noir est moins dangereux qu’elle. 

            Voyant le regard d’impatience du soldat, le chef de convoi lui repassa le flambeau, 

            — Désolé sergent.

            — Il y a plusieurs bonnes familles, dont deux…

            Galbrigt voulu ouvrir la bouche encore une fois mais le regard de Valrand lui ferma son clapet

            — …les Durantes et les Mc Fersons. Les gens les respectes et les craignent à la fois. À mon avis ce ne sont pas des paysans, mais d’anciens soldats en fuite. Il y en a d’autres mais ceux-là cherchent plus la discrétion.

            — Et sur quel bateau se trouvent- ils? demanda le capitaine.

            — Par un curieux hasard, ils sont à bord du Tempête, monsieur.

            — Voyez-vous ça, s’amusant de la situation. Allons, sergent il est plus que temps que vous rencontriez vos hommes, venez avec moi. Galbrigt on se revoit plus tard.

            — D’accord fils de pute, crachant par terre. Il regarde partir l’officier et se dit en lui-même.

            — T’as pas changé Ombre Blanche, tu sais des choses avant tout le monde et tu tests tes hommes. Tu es comme ces satanés Leapons, ils savent tout d’avance et se ferment comme des huitres. Inutiles de palabrer avec ces satanés sauvageons quand ils ne veulent pas communiquer, ils vous sourient en guise réponse. Tôt ou tard je saurai bien de quoi il retourne. S’appuyant au bastingage.

 

  1. La traversée

 

            Depuis trois jours, l’armada avait appareillé et gagné la haute mer. Soixante bateaux avaient été rassemblés pour transporter les futurs colons, les soldats, les bêtes de sommes et tout le matériel nécessaire.

            Le beau temps était au rendez-vous et les capitaines veillent aux grains et le vent leurs est favorable. Les horaires de liberté sur le pont étant attribués, les gens montaient par petits groupes pour ne pas nuire aux matelots dans l’accomplissement de leurs tâches, comme le nettoyage des latrines, qui consistait à ramasser le foin auquel ils ajoutent de la chaux, ce doit d’être fait tous les jours. L’écoutille qui sert de videur se trouve être de la grosseur de deux têtes et son ouverture à hauteur de ceinture d’homme. Lorsque le bateau heurte une grosse vague les difficultés augmentent et accompagnent ceux qui ont le mal de mer.

            Certains avaient fait équipes et trouver la façon de faire idéal, pour accélérer le processus. D’autres plus lents, priaient Polon de les mener à bon port. L’espace restreint rendait plusieurs gens impatients et de mauvaise humeur en plus des odeurs de cales et de vomit.

            Le mal de mer frappa malheureusement quelques males nantis qui ne s’étaient toujours pas adaptés depuis leurs grandes traversées. Chez les Mc Ferson et chez les Durante, la joie règne.

            Une petite fille de sept ans aux cheveux blonds et aux yeux verts brillant se tient debout les mains sur les hanches et se place devant son père, Jules Durante.

            — Dis papa, mis à part le nettoyage de caca et de faire bouillir de la soupe, tu crois que l’on pourrait apprendre à se battre à l’épée ?

            Surprit, il reste pantois pendant un bref moment.

            — Qui a bien pu te mettre cette idée dans la tête ?

            Aussitôt sur la défensive.

            — Ce n’est pas ma sœur, secouant la tête de droite à gauche.

            Tania, sa sœur de dix ans, portant une longue tresse aux cheveux bruns et aux yeux d’un bleu azur, plongea le regard vers le sol, feignant l’ignorance.

            Jules jeta un regard à sa femme Dolorès qui dégage un malaise et lui fait un sourire en coin.

            — J’avoue que c’est une bonne question qui mérite une réponse. Je crois que tu as raison, nous allons nous entrainés, mais pas tout de suite à l’épée. Pour commencer nous pratiquerons des exercices à même nos corvées. Nous allons nous entrainés à renforcer nos muscles et notre équilibre et sans oublier notre savoir. Ça te va comme ça Mia?

            Se tournant vers sa sœur Tania, dans l’attente d’une réponse. Celle-ci leva les yeux et fit une grimace en guise de réponse.

            — Nous sommes d’accord, heu…je veux dire d’accord papa.

            — Ouais, tu peux annoncer la nouvelle à ta sœur, petite drôle.

            Aussi vif qu’un lapin, elle bondit sur sa sœur.

            — Papa a dit oui!

            Tania tomba par terre se roulant avec sa petite sœur. De son côté Dolorès la femme de Jules se rapprocha de son homme, la mâchoire crispée. Les cheveux portés en tresse plus petite que son amie Évelyne, Dolorès impose le respect par la crainte qu’elle dégage. Les yeux aussi foncés que la couleur de ses cheveux, contraste avec ceux de ces enfants. D’allure frêle à première vue, sa capacité à se mouvoir laisse une impression tout autre.

            — Tu crois chéri que cela sois prudent ?

            Jules soupira légèrement.

            — Je sais à quoi tu pense Dolorès, mais au point où on en est, il est plus que temps qu’elles apprennent à se découvrir.

            — Mais, le…

            Jules la coupa avant qu’elle ne puisse achever sa phrase et lui lance un regard dur.

            — Tôt ou tard, nous devrons lui faire face à nouveau. Autant leur donner la chance de survivre dans cette contrée. Quand ce salopard frappera à nouveau, car il le fera, je veux que nos enfants soient prêts. De toute façon, Tania te ressemble de plus en plus, c’est une guerrière née, tout comme Mégan la fille des Mc Ferson.

            — Je crois que tu as raison mon amour. Je les ai observé et leurs auras en disent long et rien ne pourra les retenir, même pas notre Alex, un vrai nomade qui a soif d’aventure.

            —Justement, il est où celui là?

 

 

            Sur le pont, à l’insu des responsables, un jeune homme de quatorze ans avait trouvé le moyen de se faufiler à l’air libre et grimper dans les mats sans se faire repérer. Le teint bronzé, Alex Durante dégage un gabarit solide sans plus, les cheveux châtains aux yeux bleus clair, il était plutôt beau garçon. Le visage enjoué, il admire l’océan et y cherche le moindre détail qui peut le satisfaire.

            Se croyant à l’ abri des regards, Alex s’en donne à cœur joie dans les cordages, mais un homme veille, admirant ses prouesses.

            Valrand trouva le capitaine.

            — Dites capitaine, par curiosité, auriez-vous un veilleur dans votre nid d’aigle?

            Surprit par la question le capitaine du bateau hésite avant de répondre.

            — Heu, je suis désolé capitaine Valrand, pour l’instant il n’y a personne en poste,  craignant quelque chose.

            — Oh ! Ne vous inquiétez pas capitaine, j’aurais une suggestion à vous faire.

            L’homme écoute la proposition et est soulagé.

 

&

 

            Lorsqu’Alex revient au sol, toujours discret, cherchant à se dissimuler, un homme l’attend avec le sourire. D’allure noble l’homme dégage la prestance d’un chevalier. Alex l’avait observé à plusieurs reprises et contrairement à la plupart des gens, Alex ne le craint pas.

            — Vous êtes le capitaine Valrand?

            — Oui et toi Alex Durante ?

            Un sourire de connivence s’affiche.

            — Cela fait longtemps que vous m’observez capitaine ?

            — Depuis le premier jour que tu es sur ce bateau Alex, tout comme toi.

            Alex ne s’éternise pas en paroles futiles. L’énergie que Valrand dégage lui semble particulière.

            — Vous croyez que je peux vous être utile capitaine?

            Valrand est surpris de la question.

            — Je vois que tu ne perds pas ton temps en palabres, jeune homme. Dis-moi, aimerais-tu passer quelques heures là-haut à observer.

            Au sourire d’Alex, il était évident que oui.

            — À une condition, capitaine.

            — Ah et laquelle est-ce? légèrement incrédule face à la demande.

            — Je veux m’entrainer à l’épée et à l’arc. Lorsque nous arriverons à terre, je veux avoir les meilleures capacités possibles pour subvenir au besoin de ma famille et de mes amis.

            — Hum…donnant l’impression de réfléchir, que diront tes parents?

            Un sourire espiègle apparut sur son visage.

            — Et bien je leur dirai, tout simplement qu’ils n’auront pas le choix d’accepter, vous verrez.

            La confiance que le jeune homme dégage, subjugue Valrand, le faisant presque rigoler. Rien ne semble compliquer pour cet Alex et l’énergie qu’il capte est d’une particularité qu’il n’avait pas entrevue. Intérieurement, Valrand se promit d’investiguer plus profondément sur ce garçon et sa famille.

            Avant de prendre le côté cale, Alex s’adressa au capitaine.

            — Une puissante tempête se prépare à quatre jours d’ici, au sud ouest et ce n’est pas une simple affaire.
Et aussitôt disparu. Valrand ferme les yeux et fixe le sud-ouest et y voit une trombe en formation.

            — Par tous les diables, se dit-il, voilà une information judicieuse.

            Valrand se dirige vers le pont supérieur et en avise le capitaine et une dure conversation s’entame.

            — Écoutez monsieur Valrand, je suis le capitaine de ce bateau et fiez-vous à moi, quand un grain se prépare je le sens venir à des lieux et pour le moment je ne sens rien et rien ne se voit à l’horizon.

            — Je crois que je me suis mal exprimé capitaine de ce bateau. Je suis et serai encore demain le gardien de ce troupeau et je vous dis de continuer au nord pour éviter le pire, portant la main sur son épée.

            L’officier de bord ravala et s’exprima craintivement.

            — Capitaine Valrand, si vous voulez me permettre, nous avons le vent dans le dos et l’élan pour joindre notre port de débarquement. Si nous virons complètement au nord, nous perdrons complètement notre air d’aller et pourrions errer pendant quelques temps dans le secteur de la brume morte.

            Intriguer par cette information et voyant la peur sur le visage du capitaine à l’énoncé de la brume morte.

            — Vous pouvez me décrire cet endroit?

            Hésitant l’homme cherche ses mots.

            — Rien de naturel ne se passe dans cet endroit. Vous pourriez avoir une tempête tout près et aucune vague ne viendrait heurter votre navire. Vous pourriez ramer toute une journée et n’avancer que de quelques mètres. En vérité je vous le dit, mieux vaut affronter la tempête que d’affronter la brume morte.

            Valrand sentit qu’il ne disait pas tout, car sa peur se ressentait encore plus fortement.

            — Il y a autre chose capitaine, n’est-ce pas?

            Cette fois-ci, l’officier de pont, entraina Valrand un peu plus loin, à l’abri des oreilles indiscrètes.

            — Oui en effet, il y a autre chose. À chaque passage d’un bateau, des hommes disparaissent et jamais plus nous n’entendons parler d’eux. Plusieurs disent qu’ils sont tombés à l’eau, du moins ça les arrangent de le croire. Pour un ou deux, je peux le croire mais pour cent soixante neuf bonhommes, je ne crois pas. C’est surement le prix à payer pour passer dans cette saleté de brume.

            — Alors capitaine, nous sommes dans un dilemme, parce que la tempête qui vient vers nous ne sera pas de tout repos et nous risquons de perdre des navires et plus d’une vie.

            Le capitaine de bateau dévisage Valrand.

            — Comment pouvez-vous en être sûr? D’où vous vient cette certitude, monsieur Valrand ?

            Valrand grimaça légèrement.

            — Vous connaissez les Leapons capitaine?

            L’homme fit un signe de tête craintif dans l’affirmative.

            — Vous savez que ces gens peuvent renifler une tempête à des jours de distance et bien je crois avoir cette capacité. Et ce qui vient vers nous est plus qu’une tempête, c’est un ouragan en formation.

            L’homme devint livide.

            — C’est un tueur qui vient vers nous, capitaine.

            — Je sais ce qui me reste à faire monsieur Valrand.

            L’homme rompt, apostrophe un marin et ordonne de sortir les drapeaux de signaleurs. En peu de temps la flotte est mise au courant et un vent de panique s’installe sur les bateaux. Tous eurent pour ordre de prévenir leurs équipages et passagers.

 

&

 

            À bord du Tempête, nom prédestiné à la situation présente, les conversations vont bon train.

            — Hé bien je crois qu’il faut s’attendre à pire, selon ce que je perçois, mes amis.

            — Que veux-tu dire Dolorès? demande son conjoint, Jules.

            — L’aura des marins en dit long chéri, ces hommes ont peur.

            — Normal, affronter un ouragan, je ne vois rien de jojo là-dedans.

            Évelyne McFerson intervient à son tour.

            — Je crois que tu ne comprends pas Jules. Ces marins en ont vu d’autres et fuir une tempête ne doit pas être leur première expérience. C’est autre chose, je dirais. J’y vois les mêmes anomalies que Dolorès.

            Jules secoua la tête.

            — Alors les marins nous cachent quelque chose de plus effrayant et le seul moyen d’en savoir plus serait d’en bousculer un.

            — Tiens on dirait mon mari qui parle, rigole Évelyne.

            — Ouais, laissons le dormir. Il saura assez tôt ce que nous savons. Pour l’instant, observons ces marins d’eau douce, nous finirons par savoir ce qui se trame.

            — Ouais et mon grand frère le saura avant vous.
            La petite Mia s’était placée devant eux les bras croisés, affichant une frimousse sévère.

            Jules sourit.

            — Et d’où tiens tu ça ma petite friponne?

            — Mon grand frère m’a dit de ne rien dire et je n’ai rien dit.

            — C’est comme mon amie à dit, nous ne disons rien, ajoute Daphnée.

            Les deux filles se placent côte à côte pour faire front commun.

            — Voyez-vous ça, une mutinerie parentale. Je vais vous faire parler moi.

            Empoignant les deux fillettes qui se mettent à rigoler.

            — C’est lui qui a découvert la tempête dans le grand arbre du bateau, s’éclata la petite Mia.

            — Ah c’est là qu’il était passé ce brin foin, commenta Dolorès. Surveille les enfants Jules pendant que moi et Évelyne allons sur le pont chercher la cause de nos futurs problèmes.

            D’un pas déterminé les deux femmes se dirigent sur le pont et se retrouvent rapidement au bord du bastingage. Mine de rien les deux amies se concentrent sur les anomalies que leur vision particulière peuvent leur faire découvrir. De grandes distances peuvent être rapprochées et elles découvrent rapidement les prémices de la tempête au sud-ouest.

            — Oh!  s’échappe Dolorès.

            — Tu as perçu quelque chose Dolorès?

            — Oui et ce n’est pas bon. Cette tempête n’est pas naturelle, une forte énergie la dirige vers nous.

            — Tu crois que c’est le Fléau?

            — C’est possible Évelyne, ce salopard a un plan. Nous sommes venus sur une nouvelle terre et est-ce possible qu’il y soit déjà? S’interroge Dolorès. C’est tout à fait possible. Rien qu’à voir tous ces adorateurs de ce dieu fanatique de culpabilité, je peux te certifier qu’il recommence son petit manège de destruction.

            Valrand, vit les deux femmes en grande conversation et l’énergie qu’elles dégagent l’intrigue. Mine de rien, il cherche à s’approcher sans trop attirer l’attention.

            — Oh! tu as vu ce bel oiseau ! s’exclame Évelyne.

            — On dirait un aigle, jamais je n’en ai vus de semblable. Il est aux couleurs de la mer et du ciel, ce qui le rend presque invisible.

            Valrand entendit les remarques des deux femmes et fut agréablement surprit.

            Se disant en lui-même : L’énergie c’est encore dévoilée, elle a mit sur mon chemin les gens que je dois protégés. Très peu de gens peuvent prétendre voir un aigle de mer et ces deux femmes ont la capacité de voir les anomalies. Et ce garçon, Alex doit avoir cette capacité aussi, pour avoir perçu cette tempête. Vraiment, je suis heureux de les découvrir aussi rapidement. Maintenant, voyons ce que mon jeune singe fait dans les cordages

            Pendant ce temps, Dolorès et Évelyne se dirigent vers la proue.

 

 



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